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Race records Aux Etats Unis, dès les débuts de l’industrie du disque et à l’image de la société américaine de l’époque, les grandes compagnies ont séparé leurs catalogues entre les musiques jouées par des blancs pour les blancs et celle jouée par des noirs pour les noirs. Le terme de « race records » correspond à ce dernier. Les « race records » apparaissent à la fin de la première guerre mondiale et leur marché se développe à partir des années 20 lorsque les villes voient affluer une population afro américaine importante en provenance des campagnes du sud, constituant dès lors un nouveau marché pour l’industrie du disque. 

| C’est en 1922 que le terme « race records » apparaît pour la première fois dans une publicité du Chicago Defender, le quotidien lui-même dédié à la population noire de Chicago. Le blues, le jazz et le gospel se retrouvent ainsi traités de manière séparée du reste de la production discographique, depuis la conception jusqu’à la distribution. Okeh, Emerson, Vocalion, Victor sont les premières compagnies à ouvrir un département « race records», bientôt suivies par les majors de l’époque, Paramount et Columbia, conscientes que ce marché va se développer. |
Sur le plan pratique cette ségrégation musicale se traduit par des séries distinctes dans les catalogues des maisons de disques. Chaque marché a sa propre numérotation et on peut donc ainsi identifier l’origine (et la destination) des disques produits en fonction des lettres figurant devant le numéro. | Albums conseillés The Great Race Record Labels, Vol. 1 (24 titres) The Great Race Record Labels, Vol. 2 (23 titres) The Great Race Record Labels, Vol. 3 (23 titres) |
Cette séparation imposée par les blancs était aussi partiellement revendiquée par les noirs dans un geste identitaire. En 1921, lorsqu’il est le premier noir à créer un label (Black Swan), Harry Pace choisit le slogan « les seuls disques véritablement de couleurs » ! Dans un tel contexte il faut admettre que cette disposition, aussi insupportable soit-elle d’un point de vue éthique, a donné à la musique afro américaine la possibilité d’une diffusion nationale qui a finalement facilité son développement propre, ce qui lui a ensuite permis d’exercer l’influence que chacun sait sur la musique populaire du 20ème siècle. | L’explosion du marché des « race records » a lieu à partir des années 30, lorsque l’écroulement des grandes compagnies, suite à la dépression de 1929, laisse de la place à une multitude de nouveaux labels indépendants, plus proches du terrain, qui mesurent l’ampleur du marché que représente une société noire en pleine évolution. Motivation beaucoup moins glorieuse: les propriétaires de ces compagnies entrevoient la possibilité de gagner beaucoup plus d’argent avec des artistes noirs plus faciles à exploiter que leurs homologues blancs. |  |
On estime que pendant les deux décennies de son expansion 15.000 titres ont été édités sous cette appellation de « race records » (10.000 de blues, 3.250 de jazz, 1.750 de gospel). Les charts, institués après la seconde guerre mondiale, sont organisés suivant le même modèle et le Billboard Magazine fournit les résultats en distinguant ces catégories. Bien que cette stricte séparation raciale ait perdurée jusqu’au début des années 50, les deux marchés ont commencé à s’interpénétrer au fil de l’évolution des comportements entre les deux communautés. En juin 1949, Jerry Wexler, alors journaliste du Billboard et futur producteur historique chez Atlantic, suggère de remplacer le terme de « race records » par « rhythm & blues ». L’appellation fera date, perdant seulement avec le temps son caractère généraliste concernant la musique afro américaine pour en décrire un style parmi les autres plutôt que son ensemble. A partir de la fin des années 50, avec l’évolution de la société américaine et une révolution musicale populaire, largement sous influence noire, qui dépasse les catégories existantes en les brassant sous de nouveaux vocables (rock’n’roll, rhythm & blues, pop-rock, funk,…), le système et son vocabulaire vont rapidement disparaître. © texte JC LEGROS pour Abc Blues & Soul. Septembre 2009
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