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Artiste:

Johnny WINTER

né Johnny DAWSON WINTER III le 23 février 1944 à Beaumont, Texas.

Album: The Progressive Blues Experiment

Enregistré en 1967.

Publié en mai 1969.

Label: Imperial

10 titres

Durée: 44 min. 16'                         Note: A

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Les Trésors d'Après J.C

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Le Jardin Secret

 

 

                

                         

 

 

 

 

 

 

 

 

Johnny WINTER 

- The Progressive Blues Experiment -

 

Enregistrement: 1967 - Première parution: mai 1969 -

Label : Imperial

Personnel : Johnny WINTER (guitare, chant), John TURNER (batterie), Tommy SHANNON (basse).


 Vous écoutez "Help Me"

- interrompre ce lecteur avant d'écouter d'autres extraits -

On est fin 1968 et l’Amérique observe avec envie ce que le Cream de Clapton et l’Experience d’Hendrix sont en train de faire du blues de l’autre côté de l’Atlantique. Elle se cherche un héros pour ramener la flamme au pays. Alors quand Larry Sepulvado et John Burks écrivent dans le magasine Rolling Stone un papier sur la musique au Texas en s’extasiant sur un type apparemment taillé pour leur tenir tête, tout le monde s’affole. Johnny Winter a 24 ans et écume le chitlin’ circuit depuis quelques années déjà. B.B King et Muddy Waters l’ont adoubé, mais son attachement au blues l’a maintenu jusqu’ici en dehors des courants porteurs.

 

En quelques semaines, l’article new-yorkais va tout changer. Au terme d’une surenchère record Columbia signe Winter et le met dans un avion, direction ses studios de Nashville. Le nom du premier album est déjà prévu, un « Johnny Winter » qui compte bien profiter au maximum de l’engouement pour l’albinos texan. Sortie programmée en mai.

 

Mais à la surprise générale, un autre label, Imperial (Liberty Records), va lancer sur le marché un LP de Johnny Winter, prenant tout le monde de court. Sorti de nul part, « The Progressive Blues Experiment » arrive dans les bacs nationaux en avril 1969 et coiffe de quelques semaines l’album de Columbia.

 

Le comble, c’est que ce parfait hold-up est surtout un sacré bon disque. Au point de faire de l’ombre à son faux jumeau. C’est lui qui témoigne le mieux de l’énergie bourrée de feeling du trio mené par Johnny Winter. Il rentre à la 49ème place des charts.

                                                       lire la suite ci-dessous

Ecouter

1. Rollin' and Tumblin'

2. Tribute to Muddy

3. I Got Love If You Want It

4. Bad Luck and Trouble

5. Help Me

6. Mean Town Blues

7. Broke Down Engine

8. Black Cat Bone

9. It's My Own Fault

10. Forty-Four

(extraits des 10 titres disponibles)

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la suite:

 

L’affaire a commencé un an plus tôt. Le trio mené par JohnnyWinter passe au Vulcan Gas Company, à Austin. Ce club anti conventionnel mêle psychédélisme flamboyant et blues véritable. Les Conqueroo y ont succédé aux 13th Floor Elevator comme groupe résident. Ce soir là, une compagnie locale, Sonobeat, doit les enregistrer live. Dans l’après-midi, les patrons de Sonobeat, Bill Josey et son frère Rim Kelley, passent au Vulcan pour d’ultimes repérages. Ils tombent sur le trio répétant sa propre prestation. Impressionnés, ils proposent d’enregistrer le groupe.

 

L’idée des deux frères est de capter le plus fidèlement possible ce qu’ils ont entendu. La séance est donc organisée au Vulcan mais sans public. Le groupe est placé sur la scène centrale, une poignée de micros répartie autour des trois musiciens, un dernier placé au fond de la salle afin de rendre l’écho caverneux typique de ce club construit au-dessus d’un immense réservoir. La voix et les instruments sont mixés directement sur un Ampex 354 deux pistes via une console Songbeat. Huit titres sont enregistrés dans le night-club. Ils seront complétés par deux morceaux acoustiques pour lesquels les deux frères installent Winter dans leur salon, seul avec sa National Steel.

 

Sonobeat sort une centaine d’exemplaires d’une démo promotionnelle des dix titres, dans une pochette papier blanc et sous le nom « The Progressive Blues Experiment ». Histoire de tester les réactions et, à l’occasion, de trouver une major intéressée.

 

Quand le buzz se déclenche, Sonobeat a déjà vendu les droits de l’album à Liberty Records qui n’a plus qu’à choisir une des photos réalisées par Burton Wilson pendant la session (celle où Johnny Winter tient sa National retournée comme un miroir) et à demander un coup de main à Kim Fowley, l’extravagant producteur underground, pour un re-mixage un peu plus psychédélique, histoire de mieux coller au titre, un brin opportuniste, d’un album  dont le contenu, lui, est difficile à faire passer pour un cousin proche de Pink Floyd.

 

Bienvenue au Vulcan Gas Company.

 

Entrée bille en tête  avec « Rollin’ And Tumblin’ ». Visiblement Winter veut marquer les esprits et son territoire. Le vieux blues de Hambone Willie Newbern (« Roll And Tumble Blues », 1929) avait déjà subi un traitement de choc lorsque Muddy Waters l’avait électrifié en 1950. Cette fois il subit les derniers outrages avec une version rugissante qui pétarade dans tous les recoins sur un tempo haletant. Des descentes de basse vertigineuses comme une virée en bobsleigh, le cœur au bord des lèvres dès les premiers virages, avec à l’arrivée les ongles incrustés dans le carénage.

 

Derrière ça, seule une pulsation hypnotique à la Muddy Waters pouvait prétendre tenir la route. Shannon et Turner l’installent sur  le bien nommé « Tribute to Muddy » construit à partir du « Rollin’ Stone » que le maître de Chicago avait lui-même soutiré à un « Catfish Blues » dont les origines se perdent quelque part dans les marécages du Delta.

 

Le chemin ainsi dégagé, la reprise funky du « I Got Love If You Want It » de Slim Harpo maintient l’album sous tension par une pluie de soli tirés dans tous les coins. Winter contre Winter, voix et guitare se rendant coup pour coup.

 

« Bad Luck And Trouble » calme le jeu, avec Winter seul au milieu des gerbes métalliques qu’il arrache à sa National Steel. D’emblée une de ses meilleures performances acoustique toutes époques confondues, servie par un enregistrement quasi chirurgical du au magnéto demi pouce, quatre pistes - un Scully 280 - que les frères Josey ont reçu entre les prises au Vulcan et la séance solo. Harmonica doublé et couches de mandoline, le tout joué et chanté par un Winter qui traîne son accent texan à la limite de l’écorchure. Un blues psychédélique presque parfait pour ceux que ce croisement n’effraie pas.

 

« Help Me » invite Sonny Boy Williamson II dans la danse et remet la basse au centre du jeu pour soutenir Winter parti en vol ascensionnel, collé aux étages supérieurs de sa Fender (une douze cordes ramenées à six). Avec des breaks comme des trous d’air.

 

« Mean Town Blues » passe en revue le bac à riffs boogie : Harpo, Little Walter, Hooker. Comme un avant-goût de ZZ Top jusqu’à ce pont qui vire à l’acide West Coast pour ce qui est la seule trace identifiée d’un début d’expérience progressiste de l’album. Le mélange peut déconcerter mais aussi s’avérer irrésistible.

 

Les ombres de Robert Johnson et de Blind Willie McTell planent sur « Brown Down Engine » joué sans le moindre assaisonnement. Qui a dit que Johnny Winter n’avait pas de voix ?

 

Vibration blues et haute énergie rock pour « Black Cat Bone ». Une entrée en matière fougueuse. Le bottleneck chauffé à blanc et le drive d’un Uncle Red Turner déchaîné qui cravache à tour de bras jusqu’au final ventre à terre.

 

Retour à un calme précaire avec une version hantée d’un standard de BB King. « It’s My Own Fault » donne à l’albinos l’occasion de prendre son temps pour déballer à peu près tout ce qu’il sait faire. Picking sans faille, variété des timbres, art de la modulation. Jeu court, jeu long. Une perf de haut niveau.

 

Pour finir, « Forty-Four » démontre en mid tempo comment tirer l’essence d’un riff bien lancinant d’Howlin’Wolf . Idéal pour se diriger vers la sortie en chantonnant.

 

L’album préféré de Johnny Winter paraît-il. Pas étonnant.

© texte J.C. LEGROS pour Abc Blues & Soul. Mars 2009

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