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Artiste:

Big Walter HORTON

ou Walter Shakey HORTON, né le 6 avril 1917 à Horn Lake, Mississippi. Décédé le 8 décembre 1981 à Chicago, Illinois.

Album:  Big Walter Horton with Carey Bell

Enregistré en 1972

Publié en 1972.

Label: Alligator            11 titres

Durée: 38 min. 07'                        Cote: AB

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      Les Trésors d'Après J.C .     

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Les Must

 

 

 

 

 

 

Big Walter HORTON

- Big Walter Horton with Carey BELL -

 

Enregistrement: en 1972 - Première parution: 1972 -

Label : Alligator Records

Personnel : Big Walter Horton (chant, harmonica), Carey Bell (harmonica, basse), Eddie Taylor (guitare), Joe Harper (basse), Frank Swann (batterie).


Vous écoutez "Can't Hold Out Much Longer"

- interrompre ce lecteur avant d'écouter d'autres extraits -

Il y a, dans la façon des harmonicistes, quelque chose qui les rend, de toute façon, hors du commun. C’est peut-être ce contact intime avec leur instrument, où encore ce geste obligé qui les amène à constamment porter leurs mains à la manière d’une confession, toujours est-il que si la guitare a définitivement dessiné la silhouette du  blues, l’harmonica, lui, en évoque irrésistiblement le son. Et pour ce qui est de cet art de souffler l’air, Big Walter Horton s’avère un virtuose d’une limpidité sans réel équivalent.

On est en 1972 et ce « With Carey Bell » n’est que le second album d’un musicien de cinquante cinq ans qui a fait partie de l’épopée Sun auprès de Sam Phillips, a joué aussi bien  - au propre comme au figuré - aux côtés d’icônes comme Robert  Johnson, Muddy Waters et BB King que pour la vénérable Ma Rainey ou l’incendiaire Otis Rush (c’est lui qui souffle sur le définitif « I Can’t Quit You Baby »), et fut incidemment qualifié de meilleur harmoniciste jamais entendu par un certain Willie Dixon.

Si le maître et l’élève sont rassemblés ici - Carey Bell sera un des nombreux disciples d’Horton – c’est que les deux hommes ont déjà marié leurs sonorités dans à peu près tout ce que le West Side de Chicago compte comme bar à blues.

                

                                                               lire la suite ci-dessous

Ecouter

1. Have A Good Time

2. Christine

3. Lovin' My Baby

4. Little Boy Blue

5. Can't Hold Out Much Longer

6. Under The Sun

7. Tell Me Baby

8. Have Mercy

9. That Ain't It

10. Temptation Blues

11. Trouble In Mind

(extraits des 11 titres disponibles)

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la suite:

 

Ce rassemblement d’harmonica ne doit pas pour autant laisser craindre un album pour spécialistes. « With Carey Bell » ne vire à aucun moment à un quelconque qui dit mieux. Installés chacun d’un côté de la prise de son – Horton à gauche et Bell à droite - les deux hommes font preuve d’un remarquable sens du partage, laissant notamment le trop rare Eddie Taylor tirer avec brio son épingle d’un jeu collectif tout en finesse.

Cet album est le second sorti par Alligator, le label que Bruce Iglauer a créé quelques mois plus tôt pour pouvoir enregistrer Hound Dog Taylor. Deuxième coup d’éclat donc pour une jeune compagnie qui confirme ainsi un sens aigu de la révélation de talents cachés du blues.

Ce qui frappe tout de suite, c’est le tranchant de l’attaque, et en matière d’harmonica tout commence par là. Sur  « Have A Good Time », c’est cette qualité de coupe qui saute à l’oreille. Le titre est un bon rocker, bondissant, grâce à une rythmique – avec Carey Bell installé à la basse - concentrée sur l’essentiel et impeccablement dessinée par une prise de son exemplaire. Ajouté à ça les premiers travaux décoratifs d’Eddie Taylor et voilà un morceau qui s’enfile comme un gant.

Dès l’intro de « Christine » - déclaration câline sous les manières girondes de la basse de Bell - c’est un vibrato délicat, comme joué au creux de l’oreille, qui enveloppe précautionneusement ce blues joué tout en sensibilité. Le tempo permet d’apprécier la fluidité du jeu d’un Horton qui chante avec une  sensibilité également convaincante.

Big Walter HORTON & Carey BELL

Carey Bell  lâche les cordes et entre véritablement en scène sur « Lovin’ My Baby », permettant à  Horton quelques échappées belles. La richesse des sonorités du maître tranche avec le jeu encore respectueux de l’élève. Une façon de mesurer l’étendue de la palette de « Mumbles » - un des surnoms de Walter Horton - qui fait totalement corps avec son instrument, au point de se demander si on peut qualifier d’instrumental ce morceau sur lequel l’harmonica semble par moment en train de nous « parler ».

 

Carey BELL

On retrouve les deux hommes sur le « Little Boy Blue » de Robert Lockwood Jr, avec un Frank Swann qui assure une partie de batterie inventive. Horton, lui, joue comme un véritable saxophoniste. Un phrasé vibrant, organique et des riffs d’une épaisseur étonnante.

Big Walter s’attaque ensuite au terrain de Little Walter et l’ambiance reste laid-back sur « Can’t Hold Out Much Longer ». L’harmonica creuse des entrelacs profonds au coeur desquels Bell et Taylor viennent déposer de fines touches de métal frais. Une relecture très personnelle et parfaitement réussie.

On passe carrément au mode intimiste avec « Under The Sun ». Un soleil qui se révèle considérablement tamisé, comme un après-midi languide derrière des persiennes rabattues. Walter Horton fait preuve sur ce second instrumental d’une expressivité exceptionnelle, allant chercher des timbres rares pour dessiner des espaces amples et des contrastes subtils pendant qu’Eddie Taylor déroule une sorte de long chorus en négatif dont les mailles serrées retiennent délicatement l’ensemble. Une belle démonstration technique autant qu’émotionnelle.

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A elle seule l’intro de « Tell Me Baby » institue l’harmonica de Walter Horton comme une sorte d’aboutissement du phrasé blues. Et tout le morceau, dans son dépouillement quasi monacal, véhicule cette impression d’essence de la chose. Eddie Taylor insère une nouvelle fois ses lignes de guitare avec un mélange intelligent de discrétion et d’autorité.

Nouvel instrumental et nouveau duo dans lequel, cette fois, Carey Bell se montre plus audacieux. Il livre même sur « Have Mercy », aux alentours de la minute trente, une figure libre, aérienne et comme soudain habitée, dont l’effet, proprement jouissif, doit aussi à la saisissante combinaison des tonalités des deux musiciens.

Pour ce faire une idée du savoir faire d’Eddie Taylor, il faut encore l’écouter tresser ses  figures en arrière plan de « That Ain’t It ». Un travail de découpage rythmique dont il dose l’intensité avec tact, offrant sans arrêt à son leader des paliers harmoniques sur lesquels celui-ci peut prendre appui pour déclencher son cortège de phrases toutes inspirées. Un Horton au jeu délié qui livre chacun de ses traits avec une fraîcheur et une énergie inépuisables.

C’est d’ailleurs une nouvelle collection de variations de tons et d’accents à faire  frémir les épidermes les plus endurcis que propose « Temptation Blues ». Horton enfonce littéralement ses chorus dans de lourds graves d’où il peut ensuite d’autant mieux faire jaillir ses flèche vives. Les angles se multiplient avec une virtuosité sans cesse surprenante.

Big Walter HORTON

Et pour finir en beauté, c’est une version bouleversante et cristalline de « Trouble In Mind » – sans doute l’une des plus belles d’un titre pourtant rebattu - portée par le seul et subtil assemblage de l’harmonica et de la guitare. Une relecture diaphane, Big Walter Horton dévoilant chacune de ses notes le long de la fine cordelette mélodique tissée par Eddie Taylor, comme autant de perles glissant de quelque précieux collier.

Le souffle émouvant du blues.

© texte J.C. LEGROS pour Abc Blues & Soul. Février 2010

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